Le prix fixe du passé : 15 milliards pour les déchets nucléaires
La pièce qui a débloqué la prolongation nucléaire belge est un transfert de risque historique : l'État reprend la responsabilité des déchets nucléaires contre un montant forfaitaire de 15 milliards d'euros versé par Engie. Pour le groupe disparaît une incertitude de décennies ; pour l'État commence la mission de faire durer la somme — des siècles.
Rédaction EuroEnergy · Belgique · 1 min de lecture
Dans toute négociation nucléaire, la montagne dans la pièce n'est pas le réacteur — c'est ce qui reste après lui. L'accord belgo-français qui a permis la prolongation de Doel 4 et Tihange 3 a déplacé cette montagne d'une seule clause : la responsabilité des déchets nucléaires passe à l'État belge, contre un montant fixe de 15 milliards d'euros versé par Engie.
Ce que chaque partie achète. Engie achète de la certitude : les obligations pour le combustible usé et les déchets, qui pesaient imprévisiblement au bilan à chaque révision triennale des provisions, deviennent un chèque unique, définitif. L'État achète le contrôle — et le risque : si le stockage géologique coûte au-delà des estimations, la différence est au contribuable ; si c'est en deçà, le gain aussi.
Le chiffre en perspective. 15 milliards couvrent la gestion à long terme du combustible usé du parc historique — un programme qui s'étend sur plus d'un siècle, avec le dépôt géologique profond encore à concevoir et à localiser. L'ONDRAF, gestionnaire des déchets, reçoit ainsi un mandat à budget fermé.
Les critiques. L'opposition et une partie des économistes ont qualifié la clause de « police d'assurance gratuite pour Engie » : personne ne peut connaître aujourd'hui le coût réel du stockage en 2100. Les partisans répondent par la symétrie : sans transfert, pas de prolongation — et le risque des déchets était de toute façon, en dernier ressort, public.
Le précédent. Avec les négociations en cours pour la reprise de tout le parc, la formule des montants fixes pourrait devenir le gabarit de toute la transition nucléaire belge. Le passé a désormais un prix, écrit dans un contrat.
Le dossier nucléaire belge, en contexte, sur la page du pays.
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